Jorge Olivera fait partie d'une nouvelle génération de vignerons espagnols qui travaillent en dehors des appellations établies pour redonner vie à des paysages tombés dans l'oubli. Aux contreforts des Pyrénées, il produit des vins libres et peu interventionnistes qui renouent avec une tradition viticole presque disparue...
| Pays | Espagne |
| Région | Aragón |
| Village | Coscojuela de Sobrarbe |
| Cépages cultivés | Moristel, Parraleta, Garnacha |
| Premier millésime | 2016 |
| Surface | Environ 2 à 3 hectares |
| Pratiques | Pratiques biologiques et biodynamiques |
| Nos coups de coeur | O Baile do Gurrión, Negiro |
Jorge Olivera travaille à Coscojuela de Sobrarbe, un petit village des Pré-Pyrénées aragonaises, où la viticulture jouait autrefois un rôle central dans la vie locale avant de disparaître presque entièrement dans la seconde moitié du XXe siècle, en raison de l’exode rural et de l’évolution des pratiques agricoles. Aujourd’hui, il ne reste de ce passé que des vestiges : quelques vieilles vignes éparses et le souvenir d’une culture viticole autrefois florissante.
C'est dans ce contexte que Jorge a lancé son projet en 2009, en plantant des vignes sur les terres familiales avec la simple idée de recommencer à produire du vin dans un endroit où cette activité avait presque disparu. Au départ une initiative personnelle menée parallèlement à sa carrière d'ingénieur en mécanique, le projet a progressivement pris forme au fil de plus d'une décennie d'expérimentation et d'apprentissage autodidacte. Entièrement autodidacte, il a développé son approche par la dégustation, l'observation et l'intuition plutôt que par une formation formelle.
Ses premiers vins ont été produits en petites quantités dès 2011 pour ses amis et sa famille, avant la construction d’un modeste domaine viticole et la décision, vers 2022, de se consacrer pleinement à la viticulture et à la vinification. Cette transition a marqué le début d’une phase plus visible pour le projet, bien que la production reste délibérément limitée.
Travaillant sur une petite superficie de vignobles replantés et remis en état, Jorge se concentre sur des cépages locaux tels que le Moristel, le Parraleta et le Grenache, recherchant la fraîcheur, la buvabilité et l’équilibre plutôt que la puissance. La culture suit les principes de l’agriculture biologique et biodynamique, avec un travail manuel dans les vignes et un accent particulier mis sur la santé des sols et la durabilité à long terme. En cave, les interventions sont réduites au minimum, avec des fermentations spontanées et une volonté claire de produire des vins honnêtes et sans artifice.
Au-delà des vins eux-mêmes, le projet peut être compris comme un acte discret de reconstruction. Olivera ne se contente pas de cultiver la vigne, il réactive également un paysage et une mémoire culturelle qui avaient presque disparu. Travaillant en dehors des appellations officielles et sans modèle prédéfini, il incarne un mouvement plus large de vignerons indépendants qui redessinent le vin espagnol contemporain, un petit projet à la fois.
Le Moristel est l’un des plus anciens cépages autochtones d’Aragon, ancré dans les contreforts des Pyrénées, notamment autour du Somontano. Bien avant que les cépages internationaux ne redessinent la région, il jouait un rôle discret mais essentiel dans la viticulture locale, traditionnellement utilisé dans les assemblages pour apporter couleur, fraîcheur et équilibre aux vins. Au fil du temps, cependant, le Moristel a failli disparaître. Ses faibles rendements, sa maturation tardive et sa sensibilité en cave l’ont rendu moins attractif à une époque axée sur la productivité et la stabilité. À la fin du XXe siècle, il était au bord de l’extinction, ne survivant que dans quelques vieilles vignes éparses.
Aujourd’hui, le Moristel est lentement redécouvert. Encore rare et principalement confiné en Aragon, il est de plus en plus vinifié en monocépage, révélant une expression différente des rouges espagnols, plus légers en bouche, marqués par la fraîcheur, des notes florales et des fruits rouges éclatants. Plus qu’une simple curiosité, il s’inscrit dans un mouvement plus large visant à récupérer les cépages locaux et à renouer avec l’identité historique de la région.







